SOURCE : article du JSL du 22/06/2026 – par Charles Martinet

L’association Le Pont a présenté son bilan 2025 lors de son assemblée générale annuelle, organisée jeudi 18 juin à la Maison des associations Jouffroy. L’entité, créée en 1976, dont l’objectif principal est de lutter contre les différentes formes d’exclusion sociale, a présenté deux projets phares mis en place durant l’année écoulée : la pair-aidance et l’Équipe mobile précarité (EMP).

Cinquantenaire, et pourtant visionnaire. Créée en 1976, l’association Le Pont, dont la raison d’être est la lutte contre les différentes formes d’exclusion sociale (lutte contre la pauvreté, accès aux droits, insertion socioprofessionnelle, etc.) fête un demi-siècle de combat social cette année. Aussi, cette assemblée générale annuelle a permis aux membres du bureau du Pont de revenir sur le passé de l’association et de dresser le bilan de l’année écoulée. En préambule, Philippe Pottier, le président de la structure, a rappelé le contexte financier dans lequel évoluait Le Pont, « un environnement de plus en plus incertain. Pour 2025, une diminution de 700 000 € des crédits alloués a été constatée. C’est inquiétant. L’association est solide, nous avons un budget important et avons pu absorber cette baisse, mais si cela était amené à se reproduire tous les ans, nous pourrions être en difficulté », détaille le responsable.

Trois personnes ont intégré la pair-aidance

Philippe Pottier, à la tête du Pont depuis 2025, estime que l’activité de son association reste essentielle, les besoins sociaux ne cessant de s’intensifier : hébergement, asile, accès à l’emploi, santé, protection des majeurs. «  Le 115 et le SIAO subissent une pression largement supérieure à leurs capacités, faute de logements disponibles. Nous alertons les pouvoirs publics sur cette réalité qui met en tension l’ensemble du système », poursuit le président du Pont.

Pour faire face à ces besoins, Le Pont a mis en place deux nouveaux dispositifs en 2025, parmi lesquels la pair-aidance. Cette action, inscrite dans un plan d’action 2025-2028, vise à promouvoir toutes les formes d’entraide et de soutien par lesquelles une personne s’appuie sur son vécu pour aider d’autres personnes vivant les mêmes situations. Au Creusot, où 500 personnes sont hébergées et accompagnées, trois personnes ont été recrutées pour assurer cette fonction. « Il y a une réelle plus-value. Ces personnes font part de leur expérience aux individus suivis et elles ont un discours complémentaire à celui des travailleurs sociaux. C’est très bénéfique », assure Lydie Fournier, directrice du Pont pour le territoire Creusot-Autun depuis 2017.

« Aller chercher la précarité sur les territoires isolés »

La pauvreté ne se cantonne pas qu’aux aires urbaines. Discrète, elle est également présente en milieu rural, accentuant ainsi les fractures territoriales et la promesse d’égalité avec la « ville ». Pour cela, Le Pont a lancé, en février 2025, une Équipe mobile précarité (EMP), composée d’une infirmière et d’une psychologue, afin « d’aller chercher les personnes vulnérables présentes sur les territoires isolés », selon Lydie Fournier.

Au total, l’EMP a accompagné des personnes à leurs rendez-vous médicaux et dans leur demande d’Aide médicale d’État (AME). Elle a rencontré 111 femmes en situation de prostitution sur l’ensemble du département , exerçant très souvent dans des camionnettes isolées sur les routes de Saône-et-Loire. L’EMP a, entre autres, assuré une mission de prévention à la santé et à la santé sexuelle. Deux tiers des femmes rencontrées présentaient diverses pathologies somatiques et psychiques (anxiété, stress post-traumatique, dépression, etc.) et ont pu bénéficier d’actions de réduction des risques (sensibilisation et distribution de matériels au besoin).

Cinquante ans après sa création, Le Pont poursuit son dessein : « Remettre l’Homme debout ». Contre vents, marées, et aussi financements en baisse.

L'assemblée générale du Pont, jeudi 18 juin à 9 heures

Lydie Fournier : « Nous avons peur pour nos salariés  et les personnes accompagnées »

Dans la moiteur de la salle dans laquelle s’est déroulée l’assemblée générale du Pont, Lydie Fournier, directrice du territoire Creusot-Autun depuis 2017, s’est réjouie de l’affluence et de la centaine de personnes présentes. Pour autant, la responsable redoutait d’éventuelles perturbations durant l’assemblée générale. « Le climat global autour de notre action est de plus en plus délétère, notamment sur les réseaux sociaux. Une certaine parole se libère et les personnes accompagnées par Le Pont sont bien souvent stigmatisées. On a souvent peur qu’il leur arrive quelque chose », s’inquiétait la directrice.
Cette dernière a aussi dénoncé la peur accompagnant les salariés lors de la mise en œuvre de leurs actions. « Il y a beaucoup de stress, d’angoisse. Nous travaillons dans un contexte de plus en plus complexe », a poursuivi Lydie Fournier, précisant qu’un signalement avait été effectué, par ailleurs, auprès du procureur de la République. L’association Le Pont comptait 330 salariés au 31 décembre 2025, et accompagnait 10 000 personnes en Saône-et-Loire à la même date, dont 500 au Creusot.
C.M.